Tel(le) que je suis...

Un espace d'information pour chrétien(ne)s évangéliques homosexuel(le)s, bisexuel(le)s et transgenres.

21 décembre 2007

Luc 24 : 13-35

arcabas_emmaus_aubigny_les_potheesCe passage semble être d'un usage universel ; je l'ai entendu prêcher lors d'une bénédiction d'union et d'un service funèbre, lors de réunions d'évangélisation et dans le temps pascal aussi, bien sûr ! Alors pourquoi ne pas y regarder aussi dans ce temps de retraite de Noël qui marque également les 10 ans de votre communauté ? Si ce texte est si fréquemment utilisé, c'est parce qu'il contient cette simple expression de l'expérience chrétienne : "Jésus s'approcha fit route avec eux" (v. 15). Merveilleuse promesse qui nous laisse entrevoir nos vies avec leurs joies et leurs peines, la diversité de leurs rythmes et parfois leurs complexités comme accompagnées par le Christ !

Je retiendrai pour cette étude trois thèmes spécifiques de ce si célèbre passage sans prétendre en épuiser toutes les richesses !

Il s'agit d'abord d'un récit de résurrection ou plus  exactement d'un des récits d'apparition du Ressuscité.

Le Nouveau Testament ne nous propose en fait aucun récit factuel de la résurrection de Jésus ; notre foi repose sur deux types de témoignages : ceux des disciples qui se rendent au tombeau vide et ceux des disciples à la rencontre desquels se présente Jésus.

Le chapitre 24 de Luc dont est extrait ce passage repose sur cette même division :
- les versets 1-12 évoquent le déplacement des femmes puis de Pierre au tombeau
- les versets 13-35, la rencontre des disciples avec Jésus sur le chemin d'Emmaüs
- les versets 36-53, l'apparition de Jésus dans la chambre haute puis à Béthanie (qui se conclut par un envoi missionnaire).
Tout le chapitre est fondé sur une tension entre  la disparition du corps mort et l'apparition d'un Jésus méconnaissable ;  c'est de cette tension que surgit la conviction apostolique : Dieu a ressuscité Jésus d'entre les morts.

Entre les actes et les paroles du "prophète puissant" évoqué par les disciples (v. 19) et "l'entrée dans la gloire" dont parle Jésus (v. 26), il n'y a pas un surhomme qui triomphe de la souffrance et de la mort mais un homme qui souffre, agonise, meurt et est ressuscité par Dieu  (comme le suggère l'aoriste passif du v. 34). Sortir du tombeau est certes le premier acte de l'entrée de Jésus dans sa gloire mais aussi et surtout le dernier qui associe le Verbe incarné à mon humanité : de la crèche à la croix mais aussi de la croix au tombeau et du tombeau à la résurrection, Jésus reste solidaire de nos existences fragiles. C'est parce qu'il a été ressuscité que je confesse Jésus comme le premier né d'entre les morts et que j'ai confiance en lui pour ma propre résurrection.

Peut-être que ceci heurte nos convictions ; peut-être sommes-nous déçus dans nos attentes religieuses comme les disciples ("nous avions l'espoir qu'il était celui qui devait délivrer Israël" v. 21). Il vaut de nous demander ce que sont nos attentes ainsi que nos nuits et nos matins de doute.

Le texte nous invite à suivre un parcours de foi.

Un des verbes clés de ce chapitre est le verbe voir (traduisant d'ailleurs plusieurs verbes grecs) :
- avant notre passage, les femmes sont perturbées de ne plus voir le corps de Jésus
- elles sont d'ailleurs dispersées par les anges qui leur disent : "Ne cherchez pas parmi les morts celui qui est vivant" autrement dit : "Circulez, il n'y a rien à voir !"
- puis Pierre qui ne voit rien non plus est "frappé d'étonnement"
- après notre passage, Jésus se donne à voir aux onze et aux disciples
- enfin, il les quitte

Ce scénario général est reproduit à petite échelle dans le cadre privé de notre passage :
- Jésus s'approche de disciples qui ne le reconnaissent pas (v. 15)
- à la fin du passage, il disparaît de leur vue
- au coeur du passage, leurs yeux sont ouverts par un signe : celui de la fraction du pain.

Pour parvenir à ce discernement, Jésus met en place une stratégie didactique (la même qu'appliquera Philippe dans la rencontre avec l'eunuque éthiopien rapportée en Actes 8) :
- s'approcher et donc faire route avec
- se mettre à l'écoute et donc faire parler
- confronter aux incohérences et donc faire réagir
- renvoyer aux Ecritures et donc faire comprendre
- se rendre disponible et ainsi faire voir
- se retirer pour faire grandir
Tout le texte souligne l'initiative première de Jésus et en même l'invitation qui ne cesse d'être proposée aux disciples de faire un pas de plus.

Ce cheminement de foi rejoint le nôtre ! C'est le projet de l'ensemble du cycle Luc/Actes de mettre en avant cette pédagogie de la foi qui s'ouvre à Dieu et à l'autre pour que ces ouvertures deviennent nôtres !

Le texte nous montre une communauté en germe.

Elle est constituée de deux hommes qui vivent ensemble sans que le texte précise un lien familial particulier ; s'il ne s'agit pas d'un couple gay rendu invisible par vingt siècles d'exégèse, il s'agit pour le moins d'un foyer peu commun !

Ces disciples sont en chemin : ils participent du mouvement qui structure l'ensemble du texte par les déplacements du tombeau à la chambre haute, des chemins aux foyers de Jérusalem à Emmaüs, d'Emmaüs à Jérusalem, de Jérusalem à Béthanie. Reprendre le même chemin comme le font les disciples n'est pas ici piétiner ou régresser : à chaque chemin correspond un nouvel apprentissage. Il y a place pour la stabilité dans ce récit mais même Jésus ne s'"installe" pas ; sa disparition incite au mouvement. Cette expérience des disciples nous renvoie à la part que nous laissons au déplacement dans nos vies individuelles et communautaires.

Ces disciples exercent l'hospitalité, priant  Jésus de rester avec eux et lui ouvrant leur table. Cette commensalité brouille les repères : d'invité, Jésus qui bénit le repas se fait hôte. La  référence eucharistique est forte ; les verbes du v. 30 : prendre, bénir, rompre, donner sont ceux des récits de l'institution de la cène mais aussi ceux de la bénédiction du repas dans la tradition juive. J'aimerais relever une autre piste explorée par John Henson dans The other communions of Jesus : il fait référence aux nombreux repas partagés par Jésus (notamment dans l'Evangile de Luc) qui ne font pas mémoire de sa mort et de sa résurrection mais sont signe de la généreuse hospitalité de Dieu, du Royaume qui est offert à tou(te)s. Sans opposer ces  deux points de vue, il conviendrait certainement d'élargir notre compréhension de la cène centrée sur la croix à cette générosité qui est un des effets de l'amour manifesté à la croix.

Ces disciples sont une communauté missionnaire : la rencontre avec Jésus motive leur retour à Jérusalem pour témoigner de leur expérience. Je suis marqué par l'humilité des partages de Pierre mais surtout des disciples qui disent l'extraordinaire Bonne Nouvelle de la Résurrection de Jésus dans l'ordinaire de la conversation : "ils racontèrent ce qui s'était passé sur la route". Je me dis que le visage de nos églises serait différent si nous savions partager avec la même simplicité l'espérance qui nous habite.

Le cheminement, le compagnonnage et la conversation : trois termes qui décrivent cette communauté en germe et que je laisse à la vôtre  en ces jours où elle fête son dixième anniversaire.

Jean Vilbas, atelier biblique présenté à l'église MCC de Montpellier le 15 décembre 2007

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10 décembre 2007

Freedom 2 B[e]

f2b_logoCette organisation a été créée il y a quelques années en Australie pour offrir un espace de liberté aux personnes lgbt de milieu pentecôtiste ou charismatique ; elle est ouverte tant à celles qui se trouvent toujours engagées dans des communautés de ce type qu'à celles qui les ont quittées.

Elle ne juge pas les cheminements individuels mais entend prendre en compte les perspectives et attentes particulières liées à un arrière-plan de type pentecôtiste/charismatique - en particulier une lecture littérale de la Bible, la foi en l'intervention miraculeuse de Dieu. Elle affirme clairement que l'homosexualité n'est ni un péché ni une maladie.

Deux groupes existent : l'un à Sydney, l'autre à Brisbane ; mais le gros de l'activité se fait sur le site de l'organisation et sur son forum : http://freedom2b.org/phpBB2/

avbphotoLe fondateur de cette organisation est Anthony Venn-Brown (http://www.anthonyvennbrown.com/), ancien pasteur des Assemblées de Dieu toujours impliqué dans la célèbre Hillsong Church (http://www2.hillsong.com/), une méga-église australienne. Sa biographie, A life of unlearning, évoque comment pendant 22 ans il a essayé d'éradiquer une homosexualité pleinement assumée depuis 1991. Il est aujourd'hui consultant.

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07 décembre 2007

Luc 9 : 11-17

jesus_christ_04Luc, comme les trois autres évangélistes place, au coeur de son évocation du ministère de Jésus, le récit de la multiplication des pains.

Des nombreuses lectures qui ont pu être faites de ce passage, j’en retiendrai trois .

La première lecture ne retient du récit que la figure de Jésus accomplissant un miracle.

On a longtemps parlé de miracle de la nature comme si tout se tramait entre Jésus et des éléments naturels à son service ou à sa merci pour attester de son autorité divine.

Certes, Jésus n’est pas à l’arrière-plan de ce récit : il enseigne, il invite, il ordonne et c’est lui qui prononce l’ultime parole de bénédiction. Le cadre de ce récit laisse lui aussi entendre que la question de l’identité de Jésus est bien l’enjeu de ce passage : les versets qui précèdent évoquent la perplexité d’Hérode qui craint de voir surgir en Jésus un nouveau Jean-Baptiste : “Quel est celui-ci dont j’entends dire de telles choses ?” ; dans les versets qui suivent, Jésus pose à ses disciples la question : “Qui dites-vous que je suis ?”

Mais aucun élément extraordinaire ne vient perturber le déroulement du récit dans sa très grande sobriété. Ce que fait Jésus, c’est le geste ordinaire de bénédiction qui inaugure tout repas juif.

Si miracle il y a, c’est d’abord de la générosité de Jésus pour la foule. Elle ne demande rien mais il prend, a contrario des disciples, l’initiative de garder et de rassurer cette foule. Il n’y a de miracle qu’à destination de cette foule, dans la relation qui s’établit avec elle. Ce que le signe révèle de Jésus, c’est d’abord son amour, la toute-puissance de son amour.

On ne peut pas non plus se débarrasser facilement des disciples. Ils ne sont pas des éléments annexes du récit mais les acteurs principaux sur l’ordre-même de Jésus : “Donnez-leur vous-mêmes à manger.”

La deuxième lecture, plus rationnelle, a pris le contre-pied de la première.

Elle se centre sur la distribution et présuppose, dans la volonté d’éviter toute référence au miracle, un geste spontané et massif de solidarité et de générosité de la part de la foule. Mû par l’exemple des disciples, chacun des convives de cet incroyable pique-nique avant l’heure aurait partagé ses quelques pains et poissons avec ses voisins.

Le problème de taille que rencontre cette lecture est que l’exemple des disciples est loin d’être exemplaire. Ils ne représentent ni la générosité ni son exact contraire, l’indifférence mesquine. D’une certaine manière, ils ont un souci du bien-être de la foule. Mais ils optent pour la route bien balisée de la prudence. Ils choisissent de capituler devant l’impossible.

Le principal danger de cette lecture, c’est de faire totalement l’économie de Jésus ; terrible économie, faut-il le dire. Tout au plus, peut-il être récupéré comme maître de morale. On est bien loin du Jésus qui exprime quelques versets après ce passage la radicale exigence d’être un disciple : renoncer à soi-même (c’est à dire se décentrer de soi-même), se charger de sa croix (c’est à dire être prêt à payer le prix de la fidélité), confesser le Fils de l’homme.

Peut-on sortir des impasses de ces deux lectures ?

Il me paraît nécessaire de ne pas dissocier, comme le faisaient les deux premières lectures, Jésus et ses disciples dans leur relation à la foule. Le récit apparaît alors comme le signe d’une communion large avec la foule mais plus encore entre Jésus et ses disciples. Le vocabulaire qui décrit la bénédiction, ancré, comme nous l’avons dit dans les pratiques contemporaines de Jésus est un discret clin d’oeil aux récits décrivant la cène. Je ne parlerai pas ici d’avant-goût de la cène mais je dirai simplement que la qualité de communion qui se tisse ici est aussi intense qu’au dernier repas.

Cette communion s’articule autour de deux thèmes.

La surabondance est un thème biblique ici réutilisé par Luc. Vous aurez noté l’étroite parenté entre le miracle d’Elisée et celui de Jésus. L’organisation des foules en groupes de cinquante rappelle l’organisation du peuple au désert lors du recensement décrit en Nombres. Ce récit dit donc que les premiers chrétiens reconnaissent en Jésus l’autorité d’un nouveau Moïse et la générosité débordante de Dieu.

A cette surabondance s’oppose le sentiment de manque qui habite les disciples : “Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons”

Ce qui réconcilie le manque et la surabondance, c’est le geste de la distribution. Comme l’a écrit un commentateur de ce texte : “Ce n’est pas le manque qui commence par se transformer par une surabondance dans laquelle on puise pour la distribuer. Non, c’est exactement l’inverse qui se produit : le manque est distribué et il reste la surabondance”. Dans le geste de la distribution, accompli sur l’ordre de Jésus, les disciples sont introduits à son ministère au même titre que lors de leur envoi de village en village dans le récit qui précède celui-ci. La distribution devient lieu de communion d’abord et avant tout parce qu’ils font les oeuvres de Jésus. Il n’y a pas d’autre appel pour le chrétien nous dit l’Evangile de Luc.

Quelques pistes de réflexion pour nous ce matin ...

La première concerne l’abondance. Avez-vous remarqué qu’il restait douze paniers disponibles ? Douze c’est à dire les dimensions d’un peuple. Ce peuple, c’est vous et moi à la suite de tous ceux qui nous ont précédé et ont reçu de Jésus ce dont ils avaient besoin.

La seconde concerne les attentes - les nôtres, celles dont nous pouvons faire l’inventaire autour de nous. Nous sentons-nous paralysés par elles ou savons-nous y percevoir les appels de Dieu ? Sommes-nous prêts à relever sinon tous les défis au moins tel ou tel d’entre eux ?

La dernière concerne notre sentiment d’incapacité , nos certitudes relatives à ce qui manque à ce que nous avons et souvent à ce que nous sommes. Sommes-nous réellement lucides ? 

Jean Vilbas, méditation apportée au Centre du Christ libérateur de Paris, le 17 juin 2002

 

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06 décembre 2007

Casa de Cristo Evangelical Church

logoCasa de Cristo Evangelical Church de Phoenix (http://www.casadecristo.org/) est l'une des nombreuses églises évangéliques indépendantes, de type charismatique et radicalement inclusives qui fleurissent aux USA.

Née en 1970 sous le nom de Phoenix MCC, elle s'est séparée de l'Universal Fellowship of Metropolitan Community Churches en 1977 sous l'influence du pasteur Fred Pattison ; d'origine baptiste, celui-ci a introduit dans la communauté des formes plus simplifiées de culte et une prédication plus directe de l'Evangile, mettant l'accent sur la conversion personnelle.

v100576mCasa de Cristo ressemble à de nombreuses églises évangéliques du sud si ce n'est l'accent mis sur l'inclusivité : celle-ci concerne notamment l'accueil des personnes lgbt mais confère également à la paroisse son caractère muliethnique. Les murs du sanctuaire sont ainsi décorés de fresques de l'artiste navajo Judith Tall Wing Mc Carthy.

A noter la volonté de cette communauté de promouvoir une stricte moralité et de défendre la validité de couples de même sexe, stables, permanents et fidèles.

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05 décembre 2007

Church.co.uk

pix_aboutL'église qui porte ce nom se situe dans le quartier de Waterloo, au coeur de Londres (http://www.church.co.uk). C'est une église unie, doublement affiliée à la Baptist Union (http://www.baptist.org.uk/) et à la United Reformed Church (http://www.urc.org.uk/) ; elle occupe les locaux de l'historique Christ Church & Upton, une église non-conformiste, fer de lance du christianisme social évangélique en Grande-Bretagne. Le combat anti-esclavagiste et la lutte contre le travail des enfants font partie de l'héritage historique de cette église.

Cette mission sociale est aujourd'hui assumée par Oasis Trust (http://www.oasistrust.org/) qui oeuvre en Grande-Bretagne et en Afrique ; l'inclusivité est clairement affirmée comme l'un des principes fondateurs de cette oeuvre (http://www.oasistrust.org/about/inclusion/).

La communauté se déclare aussi inclusive ; elle apparaît notamment dans la liste d'églises recommandées sur le site des Young lgbt Christians (http://www.ylgc.org.uk/churches.html). Ce positionnement est d'autant plus intéressant qu'aucune des deux dénominations auxquelles elle est affiliée ne sont inclusives.

stevechalkesmlL'un des pasteurs de cette église est Steve Chalke. Il a été récemment au coeur d'une intense polémique à cause de son ouvrage The lost message of Jesus ; il y expose une compréhension de la croix qui prend des distances par rapport à la doctrine de la substitution pénale pour insister sur la croix comme témoignage de l'amour de Dieu. Ce qui a été vu comme un blasphème par nombre de théologiens évangéliques n'était peut-être qu'un effort de rendre compréhensible le coeur du message de l'Evangile ; un effort déjà réalisé par John Stott dans sa magistrale étude sur la croix.

 

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04 décembre 2007

Sacerdoce, ministères et charges

Il serait vain de chercher dans le Nouveau Testament un modèle unique d’organisation des églises locales ; du « mouvement de Jésus » évoqué par les Evangiles aux communautés structurées des épîtres pastorales, de la vie intégralement communautaire de Jérusalem aux églises de maison du monde romain, la diversité prévaut.

Le témoignage de la première épître de Pierre, destinée à des églises d’Asie mineure, offre un éclairage intéressant sur trois notions : celles du sacerdoce (universel), des ministères et des charges.

La distinction entre ces trois notions ne caractérise pas toutes les familles du Christianisme mais a du poids dans les milieux issus de la Réforme radicale et des Réveils ; le regard que je porterai sur ces textes est bien sûr tributaire de mon enracinement spirituel dans cette tradition. Il me semble toutefois que ces quelques éléments de réflexion peuvent valoir dans d’autres contextes ecclésiaux.

Mon étude se centrera sur trois extraits de cette épître.

1 Pierre 2 : 4-10

Approchez-vous de lui, pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu ; et vous-mêmes, comme des pierres vivantes, édifiez-vous pour former une maison spirituelle, un saint sacerdoce, afin d'offrir des victimes spirituelles, agréables à Dieu par Jésus-Christ. Car il est dit dans l'Ecriture : Voici, je mets en Sion une pierre angulaire, choisie, précieuse ; et celui qui croit en elle ne sera point confus. L'honneur est donc pour vous, qui croyez. Mais, pour les incrédules, la pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale de l'angle, et une pierre d'achoppement et un rocher de scandale ; ils s'y heurtent pour n'avoir pas cru à la parole, et c'est à cela qu'ils sont destinés. Vous, au contraire, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, afin que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière, vous qui autrefois n'étiez pas un peuple, et qui maintenant êtes le peuple de Dieu, vous qui n'aviez pas obtenu miséricorde, et qui maintenant avez obtenu miséricorde.

Ce premier extrait pose le fondement du sacerdoce universel – une conviction biblique quant à l’égalité des croyants, remise à l’honneur lors de la Réforme, redite à l’occasion de nombreux réveils, notamment celui qui donna naissance, en Grande-Bretagne au début du XIXème siècle, aux Assemblées de Frères, dont l’ecclésiologie est demeurée caractérisée par la radicalité de la mise en pratique du sacerdoce universel.

Deux menaces pèsent sur cette conviction. Le cléricalisme, une forme d’aristocratie religieuse qui vient annuler l’égalité des croyants par la distinction d’une classe particulière et supérieure – qu’on appelle ses membres prêtres ou pasteurs. Non moins sérieuse est la menace que représente l’égalitarisme négateur des dons particuliers reçus par chacunE et qui se déploie dans la prétention de chacunE à pouvoir (savoir) tout faire.

48Ce texte précise le champ d’application de l’égalité des croyants dans le sacerdoce universel sur au moins deux aspects. D’une part, il l’envisage de manière strictement collective. AucunE chrétienNE n’est prêtreSSE en lui ou elle-même : il n’y a pour nous qu’un seul prêtre, Jésus-Christ ; c’est par extension et toujours de manière collective que le peuple qui confesse son nom peut être qualifié de « saint sacerdoce » ou de « sacerdoce royal ». D’autre part, ce sacerdoce universel trouve son expression visible dans la louange (v. 5, 9-10) ; trop souvent, nos cultes ressemblent à des « one-(wo)man-show » alors que nos liturgies (étymologiquement « œuvre commune ») ou nos cultes plus informels devraient être le lieu d’exercice du sacerdoce de tout le peuple. Dans les conseils qu’il donne pour l’exercice des charismes dans l’assemblée, Paul évoque aussi cela, mettant l’accent sur la recherche de l’édification commune (1 Corinthiens 14 :26 sq).

Ce qui se trouve au cœur de l’exercice de ce sacerdoce universel, c’est la conviction de l’accueil inconditionnel de Dieu en Jésus-Christ, l’expérience de sa miséricorde (v. 10). Un vieil hymne du Réveil l’exprime en ces termes :

«  C’est par lui qu’est justifié
Tout pécheur qui demande grâce.
Prêtres et rois devant sa face,
Chantons l’Agneau sacrifié. »

1 Pierre 4 : 9-11

Exercez l'hospitalité les uns envers les autres, sans murmures. Comme de bons dispensateurs des diverses grâces de Dieu, que chacun de vous mette au service des autres le don qu'il a reçu. Si quelqu'un parle, que ce soit comme annonçant les oracles de Dieu; si quelqu'un remplit un ministère, qu'il le remplisse selon la force que Dieu communique, afin qu'en toutes choses Dieu soit glorifié par Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et la puissance, aux siècles des siècles. Amen !

illus13Pierre parle ici de la diversité des dons confiés à son Eglise par le Seigneur. On retrouve ici le couple don (charisme) / ministère évoqué dans les épîtres de Paul (Romains 12 et 1 Corinthiens 12-14, notamment). Les deux termes désignent deux aspects de la même réalité : celui de charisme (étymologiquement « don de la grâce ») indique clairement l’origine des qualifications reçues ; le second, ici exprimé sous une forme verbale dans le texte grec, en précise l’usage : jamais un charisme, un ministère n’élève celle ou celui qui l’exerce au dessus de ses frères et sœurs – il ne vise au contraire que le service de tous.

Les chapitres de Romains et 1 Corinthiens qui évoquent les ministères fournissent une liste plus nombreuse que les deux références faites par Pierre ; rien d’extraordinaire n’est ici mentionné. Pierre ne permet pas non plus de trancher dans un débat soulevé par 1 Corinthiens 12 : un charisme est-il associé de manière permanente à une personne – le prophète, l’apôtre, etc … - ou une occurrence éphémère de la grâce de Dieu ? Peut-être n’est-il pas nécessaire de trancher : les dons, permanents ou non, restent œuvre de la grâce. Ce sur quoi Pierre attire ici l’attention est la mise en pratique concrète des talents reçus. Deux domaines sont évoqués : celui de la parole et celui de l’agir ; tous deux le sont à travers deux verbes : parler et servir (littéralement « diaconer »). Derrière ces verbes qui évoquent deux grandes sphères d’action par la parole et le geste, c’est bien sûr la grande diversité des ministères qui est évoquée. Pierre a d’ailleurs soin de rappeler que chacunE a reçu un tel don de grâce.

L’exercice des ministères implique une responsabilité personnelle : celle d’être de bons – ou de beaux comme dit le texte – administrateurs ou intendants (étymologiquement « économes ») de ce qui a été reçu. Beaucoup de choses, du souci de mettre au service des autres les dons reçus à la sagesse et à l’application dans leur mise en pratique, se cachent derrière cette expression.

Il est par ailleurs étonnant que Pierre ancre son développement sur l’exercice des dons dans une considération plus générale sur l’hospitalité (étymologiquement « amour de l’étranger ») : la capacité à recevoir ce que Dieu nous donne à travers nos frères et sœurs est pourtant la condition sine qua non du bon exercice des charismes.

1 Pierre 5 : 1-4

Voici les exhortations que j'adresse aux anciens qui sont parmi vous, moi ancien comme eux, témoin des souffrances de Christ, et participant de la gloire qui doit être manifestée: paissez le troupeau de Dieu qui est sous votre garde, non par contrainte, mais volontairement, selon Dieu ; non pour un gain sordide, mais avec dévouement ; non comme dominant sur ceux qui vous sont échus en partage, mais en étant les modèles du troupeau. Et lorsque le souverain pasteur paraîtra, vous obtiendrez la couronne incorruptible de la gloire.

Dans cette dernière section, Pierre évoque le rôle particulier des presbytres ou anciens qui ont charge – c’est le terme utilisé par Paul - de veiller à la vie de la communauté ; lui-même se définit comme un ancien parmi les anciens, sans aucune prérogative particulière, si ce n’est d’avoir été « témoin des souffrances du Christ » (v. 1). Il n’y a pas dans ce texte de modèle particulier de gouvernement d’église : les anciens de la communauté chrétienne rappellent simplement ceux de la communauté synagogale. Lors de son développement dans l’empire romain, le Christianisme a opté pour une organisation épiscopale de type monarchique ; la Réforme calvinienne a renoué avec la collégialité et mis en place un système parlementaire, dit presbytérien-synodal, dans lequel les décisions sont prises par des délégués élus ; la branche radicale a quant à elle valorisé l’indépendance de la communauté locale et la prise de décision par l’ensemble de ses membres : c’est le système dit congrégationaliste.

L’accent de Pierre n’est pas ici sur le mode de gouvernement. Notons cependant l’équivalence des statuts d’ancien et d’évêque (étymologiquement « celui qui veille sur ») et de l’accent mis sur la collégialité : il est bel et bien question d’un travail porté en équipe. Un conseil d’église avec un bureau, conformément aux statuts régissant les associations françaises, n’est en rien un mode erroné de gouvernement.

Ce qui caractérise le discours de Pierre, c’est l’accent mis sur le but confié aux anciens, ici exprimé par deux verbes : paître et veiller sur. Le second terme n’apparaît pas dans tous les manuscrits ; il est de toute manière possible de rassembler en une expression ce but : prendre soin de la communauté. Champ à la fois large car il couvre tous les aspects, temporels comme spirituels, de la vie de la communauté mais aussi limité par la conscience individuelle du croyant. Pierre a d’ailleurs soin de rappeler que les anciens n’ont aucune supériorité mais sont « parmi le troupeau » (v. 2).

La seconde caractéristique de ce discours est d’accorder une grande attention aux conditions d’exercice de l’autorité, distincte du pouvoir. Les éléments qu’il oppose mêlent les motivations intérieures et les gestes concrets ; trois sphères de dangerosité sont identifiées : l’exercice de la contrainte, l’appât du gain et la domination. Un seul mot peut résumer l’attitude préconisée : servir.

illus12L’égalité des croyants, la mise au service des autres des charismes reçus par chacunE, l’esprit de service requis pour celles et ceux qui exercent des charges : voilà trois manières de redire que le signe distinctif de la communauté chrétienne et ce qui doit prévaloir sur toute réflexion sur l’organisation n’a d’autre nom que l’amour.

Jean Vilbas

 

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03 décembre 2007

Universal Fellowship of Metropolitan Community Churches

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Fondée en 1968 par le pasteur pentecôtiste Troy Perry, l'Universal Fellowship of Metropolitan Community Churches (en français Fédération Internationale des Eglises MCC) compte aujourd'hui plus de 300 églises et environ 40000 membres dans une vingtaine de pays (http://www.mccchurch.org) ; en France, une seule église existe à Montpellier où elle a été fondée il y a 10 ans (http://eglise.mcc.free.fr/) ; le Centre du Christ libérateur de Paris, fondé comme église indépendante par le pasteur Doucé, a été rattaché aux MCC de sa mort en 1991 à 1998 avant de retourner à son indépendance.

Les MCC sont souvent présentées comme des "gay churches" par leurs détracteurs ; si leur vocation première a été d'accueillir les chrétiens lgbt et de rendre témoignage de l'amour inconditionnel de Dieu au sein de la communauté lgbt, la prise en compte des droits des personnes lgbt a orienté la dénomination vers le combat en faveur de la justice sociale et a élargi son champ d'action bien au-delà du monde lgbt. Comme toutes les églises, celles qui appartiennent à cette fédération ont pour centre Jésus le Christ ; plus que beaucoup d'autres, elles insistent sur le fait que c'est l'accueil du Christ qui est constitutif d'une communauté chrétienne au-delà de nombreuses diversités.

mccLes MCC sont parfois présentées comme des églises "fondamentalistes". Si son enracinement premier et une grande partie de ses fondateurs sont issus du monde évangélique américain ou européen voire africain ou asiatique (le pentecôtisme pour Troy Perry ou Donald Eastman, les Assemblées de Frères pour Jean White, le baptisme pour Thomas Friedhof), la Fédération se présente aujourd'hui comme une église post-dénominationnelle. Sa confession de foi s'inscrit dans la lignée des confessions de foi historiques même si la théologie se veut plurielle. La spiritualité s'est enrichie des apports de membres et de leaders venus d'horizons ecclésiaux divers. Les cultes sont plus ou moins liturgiques selon les paroisses mais toutes laissent une grande part de spontanéité au sein des célébrations ; certaines ont gardé une forme de culte assez proche de celle des milieux évangéliques ou charismatiques ou offrent un culte de ce type en plus d'un cute plus formel. C'est le cas de la vibrante MCC de Londres-Nord (http://www.mccnorthlondon.org/) ou de celle de San Francisco (http://www.mccsf.org/). Au-delà de la variété des pratiques baptismales, toutes les paroisses restent des églises de professants acceptant pour membre qui confesse que  Jésus est Seigneur ; l'accent mis sur le sacerdoce universel des croyants corrige un cléricalisme qui relève plus d'une forte structuration que d'une capture des ministères. Une sensiblité évangélique continue d'imprégner fortement l'ensemble de la Fédération ; c'est le trait dominant en Amérique latine où les MCC se développent (http://www.mccchurch.org/Content/NavigationMenu/FindanMCC/CentralandSouthAmericas/Central_and_South_Am.htm)

Sanctuary_op_800x528Un certain nombre de communautés se sont mal accomodées de cette diversité et la courte histoire de l'UFMCC a connu quelques divisions. Certaines paroisses ont jugé la Fédération comme trop conservatrice à l'instar de la méga-église de Dallas, connue sous le nom de Cathedral of Hope ( http://www.cathedralofhope.com/) aujourd'hui affiliée à la United Church of Christ (http://www.ucc.org/) ; une majorité des paroisses qui ont quitté la Fédération l'ont au contraire fait parce qu'elles la considéraient trop libérale. Une des premières églises locales à s'être séparée de l'UFMCC est Casa de Cristo Evangelical Church à Phoenix (http://www.casadecristo.org/) en 1977 ; plus récemment, plusieurs ont formé une nouvelle fédération : les International Christian Community Churches (http://www.intlccc.org/).

A l'approche des 10 ans de la MCC de Montpellier et des 40 ans de la Fédération, je vous invite à rendre grâces à Dieu pour le témoignage rendu par ces communautés à son amour inconditionnel et à les porter dans votre prière ! Un week-end de célébration est prévu les 15-16 décembre à Montpellier à l'occasion de Noël et des 10 ans de la paroisse ;  vous trouverez le programme ici :   http://eglise.mcc.free.fr/retarite%20noel%202007.htm

Posté par miettesdelatable à 06:33 - MCC - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 décembre 2007

Journée mondiale de Lutte contre le sida

Tous les discours issus du monde évangélique à propos de l'épidémie du sida n'invitent pas à la responsabilité, au respect ou à la compassion.

Quelques oeuvres se distinguent toutefois par leur prise en compte des personnes séropositives et leur lutte contre la maladie. En voici deux :


wop_logoBalm in Gilead (http://www.balmingilead.org/) a été fondée il y a près de 20 ans pour sensibiliser les églises afro-américaines à la question du sida ; l'oeuvre est engagée aussi en Afrique et dans les Antilles. Elle rassemble des églises de toute dénomination mais principalement pentecôtistes. Ses champs d'action principaux sont la prévention  et l'organisation de temps de prière. Une de ses publications, pas forcément représentative de la position des églises partenaires, Though I stand at the door and knock, invite à dépasser l'homophobie (   http://www.balmingilead.org/bookstore/publications/product_pub.asp?ProductID=21).

Plus près de nous, l'association fondée par
Jonathan Hanley, Signe de vie sida (http://www.codes84.fr/prevention/resultat-fiche.php?idasso=71), à Cavaillon, se voue à  l'accompagnement des personnes séropositives. Le discours tenu sur Plaqu_infol'homosexualité, par exemple dans Une église rayonnante (éditions Farel) reste conforme à la condamnation classique des milieux évangéliques ; mais l'invitation à lutter contre l'homophobie au sein des églises et le positionnement en faveur des droits des personnes homosexuelles dans la société valent d'être soulignés.

Ligne de fracture, l'épidémie a révélé celles que créent les préjugés.

Je vous invite à relire aujourd'hui les Béatitudes et à vous associer à cette prière pour et avec les personnes séropositives et leurs proches :

    Heureux ceux qui sont conscients de leurs besoins spirituels: le Royaume des cieux est à eux.

    Bénis les personnes qui vivent avec le VIH et le Sida et toutes celles qui sont confrontées à des maladies mortelles: accorde leur la vision de leur valeur éternelle.

    Heureux ceux qui pleurent: ils seront consolés par Dieu.

    Bénis ceux qui souffrent de la crise du Sida et ont perdu ou perdront un être cher: console les partenaires, parents, amis, familles et ceux qui vivent avec le VIH.

    Heureux les doux: ils recevront ce que Dieu a promis.

    Bénis ceux dont la confiance est assombrie par un test VIH positif: donne leur une appréciation nouvelle de leur corps, de leur vie et de la beauté de ce monde.

    Heureux ceux dont le plus grand désir est de faire ce que Dieu demande, car Dieu les exaucera pleinement.

    Bénis ceux qui ont faim et soif de justice pour ceux qui vivent avec le VIH.

    Heureux ceux qui sont miséricordieux envers leur prochain, car Dieu leur fera miséricorde.

    Bénis ceux qui recherchent des soins et un traitement. Bénis ceux qui proposent de les soigner et les êtres chers qui restent aux côtés de ceux qui vivent avec le VIH. Renforce les par ton Esprit.

    Heureux les cœurs purs: ils verront Dieu.

    Bénis tous ceux qui aspirent à te trouver dans leur vie. Puissent-ils trouver en eux l’Esprit Saint, te voir dans la face de ceux qui les aiment et percevoir ta touche de guérison dans ceux qui les soutiennent.

    Heureux ceux qui font œuvre de paix: ils seront appelés fils de Dieu.

    Bénis tous ceux qui oeuvrent à réconcilier l’Eglise et la socété avec les victimes de préjugés –  de nature raciale, sexuelle ou culturelle – à cause du VIH et du Sida 


Posté par miettesdelatable à 09:41 - sida - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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