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Un espace d'information pour chrétien(ne)s évangéliques homosexuel(le)s, bisexuel(le)s et transgenres.

18 mars 2008

Romains 14 :1 – 15 : 7 : Accueillir plutôt que tolérer

Un peu lassé du ton de beaucoup de blogs qui se réclament du christianisme, autant chez les chrétiens évangéliques opposés à l'homosexualité que chez les gays chrétiens, et de celui de trop nombreux messages laissés ici ou ailleurs, il me semble utile de rappeler quelques consignes pauliniennes.

bannerM10Faites-vous mutuellement bon accueil (Ro 15:7). Telle est l'invitation qu'adresse Paul dans son épître aux Romains au sujet de la vie dans une communauté chrétienne.

Le contexte dans lequel résonne cette invitation concerne particulièrement deux questions liées à la cohabitation des chrétiens d'origine juive et d'origine païenne : l’observance des fêtes juive et la consommation des idolothytes ou viandes sacrifiées dans les temples païens.

Paul se refuse à trancher sur les deux questions entre ceux qui ont tort et ceux qui ont raison. Ce sont toutefois ceux aux certitudes tranchées, aux repères bien balisés qui sont qualifiés de « faibles dans la foi » au verset 1.

Paul s'efforce de faire comprendre aux deux camps en présence l'argumentaire des « opposants » ; trop souvent, nous jugeons de pratiques ou d’opinions qui ne sont pas les nôtres à partir de notre point de vue sans chercher à savoir pourquoi elles sont chères à certains de nos frères et sœurs.

Paul vise à une réconciliation des points de vue autour de deux convictions qui lui semblent partagées par tous ces chrétiens : l'absolue seigneurie de Christ - servi pourtant de diverses manières (14 : 5- 6), faut-il le rappeler - et sa mort et sa résurrection pour tous (14 : 9)!

Si Paul ne répond pas de manière directe aux questions soulevées, il indique tout de même une voie à suivre : celle de la compréhension et de la prévenance mutuelles.

L'authenticité des convictions ne se prouve pas par une observance correcte de rites et de pratiques : l’abstinent et celui qui mange ont tous deux droit de cité auprès de Dieu (14 : 2).

C’est la manière juste de se comporter avec les autres - en particulier ceux qui partagent d'autres convictions - qui est le critère par lequel se vérifie l'amour du Seigneur. Renoncer au mépris (14 : 3) et au jugement (14 : 4 et 14) est pour Paul le signe authentique de la maturité chrétienne.

Plus qu’une simple « tolérance », c’est cette manière accueillante et généreuse d'être les uns avec les autres, toujours à revivre, à renouveler, à redonner, qui est présentée comme ce qui doit caractériser une communauté chrétienne divisée dans ses convictions et ses pratiques.

Accueillir n'est pas faire un compromis ou une concession de plus – jusqu’à ce que les raccords mal agencés explosent - mais c'est opérer un retour à la racine même de l'Evangile, une véritable conversion : accueillez-vous les uns les autres comme Christ vous a accueillis (15 : 7).

Le référent de l'accueil dans l'église et plus généralement entre chrétiens, c'est le Christ, dans son amour sans ombre ni variation.

Paul esquisse la magnifique fresque de son amour pour l'humanité tout entière dans le chapitre 13 de la première Lettre aux Corinthiens et invite les croyants à marcher dans cette voie. Ce chapitre de 1 Corinthiens comme celui-ci de Romains mettent l’accent sur ce que l’amour conduit à faire et à ne pas faire en direction des frères et soeurs.

Les évangélistes nous dépeignent le Christ par touches, parlant aux exclus, touchant les lépreux, renversant les préjugés, conférant une égale dignité à toute personne rencontrée. Et l'Eglise que Luc se plait à décrire comme s'inscrivant dans son sillage a les mêmes traits : elle compte comme partie intégrante du peuple de Dieu celles et ceux qui, selon une interprétation stricte des Ecritures n'auraient jamais pu y trouver place, comme l'eunuque éthiopien ou le centurion Corneille, premier de tous ces chrétiens issus des nations païennes dont la plupart d'entre nous sommes. 

Beaucoup de chrétien(ne)s lgbt demandent à leurs églises de poser sur elles et eux ce regard accueillant  sans parfois le poser réellement dans leurs blogs ;  il ne s'agit pas d'annuler tout débat ou toute expression d'opinions contradictoires mais de tirer de Romains 14 ces quelques conséquences pratiques qui seront des restrictions libératrices :

- renoncer à tout soupçon sur l'authenticité de la foi d'autres personnes qui se réclament du Christ même quand elles professent des opinions qui nous paraissent irrecevables

- renoncer à toute caricature des opinions de qui ne pense pas comme nous : cette méthode ne fait honneur à aucune argumentation

- renoncer à toute attaque personnelle dans le débat d'idée

- renoncer à tout langage ordurier ou violent

Alors le mot "fraternellement" qui clôt beaucoup de nos messages aura vraiment du sens !

Jean Vilbas

Posté par miettesdelatable à 18:19 - Bible - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

mauvais procès

tu te trompes de débat, privilégiant la forme au détriment du fond

Posté par benoit, 18 mars 2008 à 21:40

Merci pour le rappel...difficile à mettre en œuvre, je serai le premier à reconnaitre que j'ai du mal à me modérer...donc, en général, sauf truc qui me fait déborder, je me tais...

Posté par Seb, 19 mars 2008 à 01:11

Forme et fond

Je crois profondément que la manière de se comporter avec les autres n'est pas une question de forme mais le coeur même du christianisme.

Un seul commandement résume la Loi : l'amour du prochain (Romains 13:8-10) ; un seul signe de reconnaissance est donné aux chrétie,s : l'amour (Jean 13:35).

Ce qui n'est que forme, ce sont nos dogmes, nos rites, nos convictions, nos opinions, nos appartenances ecclésiales. Ils ne sont pas à mépriser et sont importants pour nous structurer mais ils ne devraient jamais prendre le dessus sur l'amour.

C'est ce que rappelle Paul dans le chapitre 14 aux Romains, en affrontant la question des divergences d'opinions parmi les chrétiens et en proposant un chemin d'amour pour un meilleur vivre ensemble.

Ceci n'implique pas forcément de taire ses opinions ou de fuir tout débat mais de chercher à ce que l'amour reste toujours premier.

Posté par jean, 19 mars 2008 à 11:50

Si je me tais c'est bien parceque je n'arrive pas à l'autre alternative...

Posté par Seb, 19 mars 2008 à 20:42

Bonnes célébrations pascales!

Posté par Georges, 20 mars 2008 à 15:03

Tout n'est pas acceptable

Cher Jean,
Je suis d’accord avec toi quand tu dis que ce qui compte avant tout est l’Amour.
Je suis d’accord avec toi quand tu dis qu’il faut respecter les autres en tant que personne.
Mais n’oublions pas qu’ils y a des idées qui sont condamnables et doivent être dénoncées avec force, justement quand elles vont à l’encontre de l’Amour, mais aussi de l’humilité.
Certains croient détenir la vérité et nous l’assènent au nom de Dieu.
Je suis d’accord avec toi quand tu dis que les querelles de dogmes, de liturgies, d’appartenance ecclésiale sont stériles. Seul compte l’Amour.
Ce sont justement les arguments de ceux qui veulent nous exclure de l’Amour de Dieu en croyant détenir la seule vérité.
Quant à l’authenticité de la foi, quand on va contre l’Amour, en jugeant, condamnant et excluant, c’est une fausse foi. Se réclamer de notre Seigneur n’est pas la preuve d’une foi authentique. La foi se juge en actes.
Quant à la caricature des opinions, c’est souvent l’argument des bien-pensants et de ceux qui jugent et excluent.
Quant à vouloir séparer les personnes des idées qu’elles défendent n’est ce pas un peu hypocrite? C’est l’argument pour se donner bonne conscience, de ceux qui nous condamnent en voulant séparer la personne et ses actes.
Quant à la colère, il y en a de saintes quand elles dénoncent et combattent l’inacceptable.
Toutes les idées ne sont pas acceptables.
La valorisation du pouvoir, de l’argent, la justification du rejet, de l’oppression, l’égocentrisme… ne sont pas acceptables, surtout par un chrétien.
A très bientôt.
Joyeuses fêtes de Pâques
Fraternellement
Christian

Posté par Christian, 21 mars 2008 à 11:56

Désabusé

Je suis moi-même quelque peu désabusé par la nature humaine, en général.
Comment en effet, demander au gens de nous accepter tels que nous sommes, si entre nous, nous sommes incapables d'avoir un tant soit peu de respect?
Nous sommes uniques et donc differents, et c'est tant mieux, que nous ne pensons pas tous la même chose sur des sujets qui nous touchent.
Je ne suis pas parfait, mais même si je ne suis pas d'accord avec certains, je pense n'avoir jamais attaqué quelqu'un personnellement...ou si j'ai pu blesser quelqu'un, ça été involontaire de ma part.
En tout cas, je souhaites à toutes et à tous, une bonne marche vers Pâques.

Posté par Elias, 21 mars 2008 à 12:51

De l'acceptable et de l'inacceptable

Merci à Christian pour son rappel sur le caractère inacceptable de certaines idées : celles qui tuent, excluent, emprisonnent.

Quand Paul pose la référence à la seigneurie du Christ comme dénominateur commun à des chrétiens de convictions opposées, il ne s'agit pas bien sûr d'une simple profession des lèvres mais des motivations du coeur qui se vérifient dans la justesse des relations établies.

La colère peut-être une expression légitime de foi mais il en est - comme d'autres types de paroles - qui sont meurtrières.

Comme le dit Elias, la nature humaine nous rattrappe rapidement...

Mais cette semaine nous rappelle que si le Christ nous accompagne dans nos heures les plus sombres, il nous invite à nous lever de nos tombeaux pour marcher à sa lumière !

Bonne fête de Pâques à chacun !

Posté par jean, 21 mars 2008 à 17:27

l'amour divin

1) Tout ce débat me fait penser à une citation, de Thomas Kempis je crois, qui dit à peu près "Ne jugez pas les romains pour le mal qu'ils ont fait au Christ, car tous les jours vous lui faites bien plus de mal".
Il me semble que c'est clair.
2) Il y a peut-être une confusion assez courante entre l'amour et le fait d'être gentil. L'amour, c'est un feu qui brûle dans l'espace du coeur (cf la Philocalie des pères orthodoxes), pas une niaiserie universelle. Il peut y avoir des saintes colères, mais la source où elles s'abreuvent est l'amour infini. Autrement dit, la colère est un masque, une "activité" externe manifestée pour gérer une situation, mais le sentiment qui l'accompagne doit être l'amour.

Posté par clearmind, 23 mars 2008 à 19:15

forme et fond

Oui, tu as raison, la forme est aussi importante que le fond dans toute parole chrétienne.
J'avoue être irrité parfois moi aussi, mais les chrétiens "inclusifs" doivent faire entendre leur voix, avec fermeté dans les convictions et la tolérance, dans un souci inconditionnel de l'accueil de l'autre(même fondamentaliste ou conservateur)

Posté par chaque homme, 03 mai 2008 à 10:51

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