Un message m'a été transmis sans que je puisse y répondre directement ; son auteur est un jeune chrétien gay qui ne voit pas d'autre alternative que de choisir entre sa foi et sa sexualité. Il évoque les effets dévastateurs des thérapies réparatrices, son abandon de la foi, son retour à Dieu et sa perplexité. Voici ma réponse.

Bonjour D.,

J'ai bien reçu ton message ; des difficultés techniques m'obligent à y répondre ici mais reçois ces mots comme une réponse personnelle.

Comme tes parents - et, je l'espère, beaucoup des chrétiens et chrétiennes dont tu as croisé la route - je crois que Dieu t'aime d'un amour inconditionnel et a un plan pour toi - des projets de paix et non de malheur, comme dit le prophète !

Différemment d'eux, je pense que la réalisation de ce plan ne passe pas par la négation de qui tu es. J'appartiens à cette minorité de chrétiens évangéliques qui pensent que l'homosexualité fait partie de la bonne création de Dieu et qu'elle peut être vécue de manière à honorer le Seigneur. Ce blog essaye de rendre compte de cette perspective.

Des chrétien(nes) te recommanderont peut-être de "mourir à toi-même" ; peu de ceux qui tiennent ce discours et qui sont mariés renonceraient au bonheur d'être aimé et ils ont raison car Paul appelle cela dans Colossiens une "apparence de sagesse". Imposer à d'autres un joug - le célibat - auquel on ne se soumet pas est contraire à l'enseignement du Christ (Matthieu 23). Le célibat reste pour certains un appel particulier lié à un charisme ; pour beaucoup de nos contemporains, il est seulement une souffrance. L'infliger aux personnes homosexuelles et le présenter comme la condition sine qua non de l'amour de Dieu est une violation de la liberté chrétienne et un grave manquement à la charité.

J'ai longtemps vécu dans le célibat et la chasteté ; cela ne m'a épargné ni le mépris des autres chrétiens ni l'exercice de la discipline puisque j'osais ne pas croire pouvoir être "changé". Pas par manque de foi en la puissance transformatrice du Christ mais par conviction. J'en suis graduellement venu à la certitude que le Seigneur ne demandait de moi ni changement d'orientation sexuelle ni ascèse qui ne correspondait pas un charisme mais simplement de "pratiquer la justice, aimer la miséricorde et marcher humblement avec mon Dieu" (Michée 6:8).

Ce cheminement a commencé quand j'ai repris les textes bibliques à partir desquels beaucoup cherchent à nous condamner et compris qu'ils n'étaient pas une condamnation de l'homosexualité mais de pratiques païennes idolâtres, irrespectueuses des personnes et violentes ; je n'ai rien trouvé dans la Bible qui condamne l'amour d'un homme pour un autre homme ou d'une femme pour une autre femme.

Je suis loin d'être le seul à avoir ainsi cheminé ; c'est l'expérience de beaucoup de chrétien(ne)s homosexuel(le)s, mais aussi de proches ou de pasteurs qui ont osé remettre en cause l'opinion commune et les traditions pour se mettre à l'écoute de Dieu et de leurs frères et soeurs homosexuels.

Je te recommande particulièrement un site où tu pourras dialoguer avec des chrétiens évangéliques homosexuels qui soit ont une position traditionnelle et ont opté, sans nier qui ils sont, pour le célibat (on les appelle side-B) et d'autres qui, comme moi, pensent pouvoir aimer dans la fidélité et le don de soi une personne de leur sexe (on les appelle side-A). Voici le lien vers ce forum : http://www.gaychristian.net/

Les chrétiens et chrétiennes qui se réclament de ces deux options pensent par contre que les chemins de pseudo-guérison proposés par des mouvements de thérapie réparatrice ont des effets désastreux sur les personnes. Ils sont aussi régulièrement marqués par des scandales qui ne font que souligner leur caractère illusoire. Il y a un très bon site d'ex-ex-gays ; tu verras que tu n'es pas le seul à évoquer le danger des mouvements "ex-gays"  : http://www.beyondexgay.com/. Sais-tu que plusieurs ministères dont Courage en Grande-Bretagne ont renoncé à la fausse-prétention de "changer" les personnes homosexuelles ?

Que le Seigneur te donne sa paix !

Fraternellement en Jésus qui nous donne la vie en abondance,

Jean