Tel(le) que je suis...

Un espace d'information pour chrétien(ne)s évangéliques homosexuel(le)s, bisexuel(le)s et transgenres.

24 novembre 2007

Les couples de même sexe seront-ils dans l'album de l'église ?

organ_broadwayLa Broadway Baptist Church de Fort Worth au Texas (http://www.broadwaybc.org/), qui compte parmi ses membres plusieurs couples de même sexe, est confrontée à un dilemne : doit-on faire apparaître, dans le livret de présentation de l'église, les couples de même sexe de la même manière que les couples hétérosexuels ou faire des portraits individuels des membres homosexuels qui sont en couple ? Ce dilemne est présenté dans un récent article de l'agence de presse des Baptistes du Sud. (http://www.sbcbaptistpress.org/BPnews.asp?ID=26765)

Ce débat est intéressant car il pose la question de l'accueil au sein des églises et fait de la visibilité des personnes lgbt l'enjeu principal.

invitationBroadway Baptist Church, fondée en 1882, est une église baptiste du Sud (http://www.sbc.net/) qui a rejoint un réseau d'églises baptistes en désaccord avec le néo-fondamentalisme réapparu dans la Southern Baptist Convention, le Cooperative Baptist Fellowship (http://www.thefellowship.info/).

Plusieurs églises de ce réseau sont inclusives même si le Cooperative Baptist Fellowship garde une position conservatrice sur les questions d'orientation sexuelle. Broadway Baptist Church est une église qui accueille depuis plusieurs années des membres homosexuels dont plusieurs sont en couple ; elle compte aussi des membres qui ne considèrent pas qu'il soit conforme à la volonté de Dieu de vivre son homosexualité mais qui sont prêts à cheminer avec des chrétien(ne)s de conviction différente.

ruthLes tensions qui se sont fait jour pointent les ambiguïtés d'un accueil qui se fait sans visibilité ; on rencontre cette ouverture dans nombre d'églises de différentes dénominations mais, drapée du voile de la discrétion, elle renvoie des personnes lgbt une image honteuse ; quant au témoignage d'églises ouvertes, il est obscurci alors que la haine et le préjugé s'étalent au grand jour dans nombre de communautés chrétiennes.

Il n'est pas dénué d'intérêt qu'un des vitraux de Broadway Baptist Church - eh oui, certaines églises baptistes ont des vitraux ! - représente Ruth et Noémi. Sans vouloir faire de ces deux femmes un couple de lesbiennes, leur alliance en dehors des normes d'Israël et l'intensité de l'attachement de Ruth pour Noémi est un modèle pour beaucoup.

Ma prière est que cette église, comme beaucoup de celles qui offrent une généreuse hospitalité, fasse le pas suivant de rendre visibles leurs membres lgbt et leur accueil de tou(te)s au nom de l'Evangile.

C'est aussi l'un des buts de ce site de travailler à la visibilité des disciples de Jésus qui sont lgbt et des églises qui osent affirmer leur hospitalité.

altar

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23 novembre 2007

Lee Frances Heller (1919-2000)

leeJ'ai souhaité donner un peu de visibilité au t de l'acronyme lgbt sur ce blog.

Lee Frances Heller, éditrice de la revue Grace and Lace est une personnalité majeure de la communauté trans.

Née au début du XXe siècle, elle a pris conscience de son identité de genre au moment où se terminait un long engagement au sein de la Good Shepherd Mission à Paterson ; elle a reçu la confirmation au sein de l'Eglise Episcopale dans sa nouvelle identité de femme.

De 1985 à 2000, son engagement principal a été de témoigner que Dieu n'est pas contre les personnes transgenres - qu'il s'agisse de travesti(e)s ou de transsexuel(le)s mais qu'elles sont un don particulier à son Eglise.

Ses nombreux écrits, notamment les articles de Grace and Lace disponibles sur deux sites (http://members.aol.com/gnlnews/index1.html et http://www.drbecky.com/grace.html) ont été compilés dans le volume By the grace of God qui est téléchargeable ici : http://207.152.67.6/gog/

Vous trouverez ici un témoignage d'une de ses proches amies, Beky Allison : http://www.drbecky.com/lee.html

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22 novembre 2007

Christ Community Church

rhemFondée en 1870 sous le nom de Spring Lake First Dutch Reformed Church, une paroisse évangélique de tradition calviniste (http://www.rca.org/), Christ Community Church est une église indépendante depuis 1999. Deux traits ont marqué la séparation avec sa famille confessionnelle : un accent mis sur l'universalité de la grâce et une ouverture à la diversité de la sexualité  humaine ; dès 1993, la paroisse qui accueillait une église MCC s'est déclarée inclusive, en opposition avec les règles de la Reformed Church of America. Le pasteur Richard Rhem, aujourd'hui à la retraite, a été l'initiateur de ces évolutions.

Sur son site (http://www.christ-community.net/), Christ Community Church, connue sous le nom de C3,  se définit comme une communauté chrétienne progressiste. "Trouvant une fenêtre vers Dieu dans le visage de Jésus", ces chrétiens se sentent en dialogue avec ceux qui partagent une autre foi ou n'en revendiquent aucune et se considèrent avant tout comme des chercheurs.

bob_nsmLes sermons en ligne sur le site offrent de stimulantes ouvertures sur la Bible ; quant aux prières de Bob Kleinheksel, elles  témoignent d'une foi en quête de liberté et de raison  et soucieuse de la justice.

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21 novembre 2007

Roy Clements (1946- )

Roy2002blueFigure dominante du monde évangélique anglais, Roy Clements a été outé en 1999 et a du renoncer à ses engagements divers, notamment dans l'Evangelical Alliance, et à son ministère au sein de Eden Baptist Church à Cambridge (http://www.eden-cambridge.org/), assemblée dont il est devenu le pasteur en 1979 après avoir travaillé comme secrétaire itinérant pour l'IFES (http://www.ifesworld.org/home/) et comme pasteur à Nairobi.

La part la plus importante de son ministère à cette date est toutefois l'enseignement : à travers de nombreuses conférences - j'ai eu la joie de l'entendre à un congrès européen de l'IFES en 1991 - et de riches commentaires bibliques. Aujourd'hui, ses ouvrages, retirés de la majorité des librairies évangéliques, sont assez difficiles à trouver.

Après sa séparation d'avec sa femme et quelques mois d'invisibilité, Roy a repris un ministère public en s'associant au mouvement chrétien inclusif. Il intervient notamment dans le cadre de Courage (http://www.courage.org.uk/), Evangelical Fellowship for Lesbian and Gay Christians (http://www.eflgc.org.uk/) en Grande-Bretagne et Evangelicals Concerned (http://www.ecwr.org/) aux Etats-Unis. Son blog (http://www.royclements.co.uk/), malheureusement bientôt indisponible, est une mine de rsssources bibliques de qualité. Mon ami Fred (http://journals.aol.com/fredness/ChristianGay/) a traduit en français sur son site un certain nombre de ses essais.

John_20Stott_20_photo_20by_20Corey_20Widmer_Les réactions de la communauté évangélique à l'égard de Roy Clements sont très décevantes : beaucoup ont préconisé de simplement oublier son nom - comme l'atteste le retrait massif du marché de ses publications autrefois hautement recommandées. Parmi les leaders évangéliques qui ont ouvert le dialogue avec Roy Clements tout en maintenant une position traditionnelle, John Stott (http://www.royclements.co.uk/essays14.htm) et  Steve Chalke (http://www.royclements.co.uk/essays06.htm) valent d'être mentionnés. Le premier, né en 1921, est le pasteur émérite de All Souls (http://www.allsouls.org/ascm/allsouls/static/ministries/home.html), une église anglicane évangélique du centre de Londres ; le second est un pasteur baptiste et un activiste social, né photo_steveChalkeen 1951, actuellement en charge d'une communauté dénommée church.co.uk (http://www.church.co.uk/). Tout en étant l'un comme l'autre des figures majeures du monde évangélique anglais, ils se sont toujours distingués par une certaine indépendance d'esprit par rapport au dogmatisme et au légalisme des milieux évangéliques.

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20 novembre 2007

Le recours à l’Ecriture dans les débats sur les questions lgbt

imagesOn vient à la Bible de bien des manières et surtout, en étant habités par des attentes diverses : je dois ce soir en parler dans le cadre d’un séminaire sur les questions de genre et de sexualité, à un public porté par/porteur de ces questions, cultivé et avec des degrés divers de connaissance des textes bibliques ; je dois en parler du point de vue d’un étudiant en théologie qui travaille les discours des Eglises sur les questions lgbt ; j’approche la Bible avec les outils de cette formation mais aussi avec ceux que j’ai reçus de ma formation littéraire ; je l’étudie parfois comme source iconographique dans le cadre de mon métier ; j’y fais aussi référence par rapport à mes convictions qui ont évolué du fondamentalisme vers un christianisme d’ouverture et en tant que croyant homosexuel.

 Ce soir, j’aimerais recentrer mon propos sur la manière dont la Bible a été convoquée dans les débats sur les questions lgbt qui ont agité les Eglises protestantes dans les 40 dernières années – et les agitent encore ; je puiserai largement dans l’étude de près de 30 documents d’Eglises réformées européennes, réalisée dans le cadre d’une maîtrise soutenue à Strasbourg en 2001 et dans un travail similaire sur des documents protestants suisses mené par Pascale Rondez et Konrad Haldiman. Je commencerai par une remarque sur la pluralité des usages de la Bible avant d’évoquer la pluralité des corpus bibliques utilisés et la pluralité des lectures qui en sont proposées.

 1 La pluralité des usages

J’ai introduit mon intervention en déployant quelques unes des approches possibles du texte. Un débat d’Eglises induit lui aussi des circonstances particulières de lecture : collective, plurielle, conflictuelle avec en certains cas, un désaccord ou des lignes de fracture rendues visibles. Mais quel usage est-il fait de la Bible dans le cadre de ces discussions rendues publiques ?

 Le premier usage que l’on s’attend à voir induit est un usage doctrinal ou magistériel : la Bible est ici consultée en tant que source d’autorité en matière de foi et de vie. Source unique et ultime comme l’affirme le sola scriptura réformé même si la tradition, la raison et l’expérience que les pragmatiques méthodistes adjoignent à l’Ecriture comme outils pour la recherche de la vérité ne sont jamais très loin. La question : que dit la Bible ? peut paraître incongrue mais elle est inextricablement liée à la liberté protestante qui fonde le dialogue des hommes sur une Parole reçue de Dieu ; entre certaines mains, la Bible peut toutefois devenir une arme redoutable.

Un autre usage de la Bible se lie au débat sur l’homosexualité. Il s’agit d’un usage que je qualifierais de pastoral : si la Bible est interrogée, c’est pour fournir une réponse définitive ou un accompagnement à une société en pertes de repères, des communautés chrétiennes troublées ou des personnes homosexuelles rejetées ... je cite à dessein des exemples contrastés pour indiquer le rôle que la prise en compte des destinataires peut avoir sur la lecture qui est faite du texte biblique. Ce qui vaut pour le débat est encore plus vrai en situation pastorale de prédication ; je vous renvoie à un article de James Kay : Homosexuality – What then shall we preachers say ?paru dans un recueil de l’Université de Princeton en 1996 Homosexuality and christian community et qui étudie les prédications opposées qui ont conduit l’église baptiste de Riverside à New York à faire choix pour le plein accueil des personnes lgbt.

 Ces deux usages présupposent qu’une application rapide et immédiate puisse être trouvée aux textes dans le débat contemporain. Ils courent le risque de ne pas suffisamment prendre en compte son statut de texte, la diversité de ses genres, les conditions de sa rédaction et son contexte, bref de tout ce qui fait de la Bible une œuvre située dans un temps – ou plutôt des temps – donné(s). Cet usage « littéraire » de la Bible devrait permettre de prendre quelque recul par rapport à l’immédiateté de la réponse.

 2 La pluralité des corpus bibliques

 Approchons-nous justement d’un peu plus près de ces textes. Un certain nombre de références bibliques reviennent plus ou moins systématiquement dans les discours des Eglises protestantes, avec des interprétations divergentes. On peut les regrouper en quatre ensembles principaux.

 Les textes évoquant la condamnation biblique de l’homosexualité sont les plus fréquemment cités. Le corpus n’est pas important, tout au plus une dizaine de versets : on peut donc dire que la question homosexuelle n’est pas centrale dans la Bible ; le caractère en apparence unanime de ces témoignages de réprobation ne peut toutefois pas être négligé. Des disparités existent toutefois entre ces textes.

Un premier sous-ensemble se compose des textes qui apparaissent relativement sûrs : Lv 18:22 ; Lv 20:13 ; Rm 1:24-27; 1 Co 6:9-11 ; 1 Tim 1:10 ; il est attesté par tous qu’ils parlent sinon d’homosexualité, au moins d’une pratique homosexuelle.

Un deuxième sous-ensemble réunit des textes plus discutables. La référence à Gn 19 – l’histoire de Sodome et Gomorrhe – et les textes parallèles de Jg 19 et Jude 7 n’est plus de mise pour stigmatiser les personnes homosexuelles ; même les biblistes les plus conservateurs s’accordent à dire que l’enjeu de ces textes, mis en perspective d’autres textes de l’Ancien et du Nouveau Testament est, à travers une tentative de viol collectif de l’étranger, l’infraction aux lois de l’hospitalité. Il semble donc juste de ne pas y lire une description du comportement homosexuel.

Un dernier sous-ensemble regroupant de textes relatifs à la prostitution masculine sacrée (Dt 23:17 ; 1 R 14:24 ; 1 R 15:12 ; 1 R 22:47 ; 2 R 23:7) est parfois cité, le plus souvent pour être réfuté comme non pertinent dans le débat sur l’homosexualité : il est clair que c’est une pratique cananéenne particulière qui est visée.

Certains prendront toutefois appui sur la totalité de ces textes pour démontrer qu’aucune référence à l’homosexualité n’est positive dans la Bible.

 Un deuxième corpus de textes mobilisés est constitué par les évocations de la sexualité humaine. On cherche ici souvent à fonder un modèle ou une norme ; on lit en tout cas dans ces textes un « projet » de Dieu pour la sexualité humaine qui vient doubler l’inventaire des textes réprouvant les/des pratiques homosexuelles. Dans cette perspective qui vise à inscrire l’étude de l’homosexualité dans une réflexion plus générale sur la sexualité ou la conjugalité, la référence au couple originel, relu à la lumière des sciences humaines et pensé en termes d’altérité est légitimement attendue. En dehors des premiers chapitres de Gn, on rencontre aussi des références à de nombreux textes qui font du couple la métaphore de l’amour de Dieu pour l’humanité ou du moins ont été interprétés comme tels comme Eph 5 ou Cant ; ce sont aussi des textes qui rappellent la bonté de la sexualité. Ce dernier livre présente un caractère non normatif qui mériterait un sort particulier : si on veut bien ne pas immédiatement le spiritualiser et lui ôter une valeur métaphorique, il offre de la sexualité humaine un visage libre, contrasté, égalitaire – puisque posant l’équivalence du désir des deux partenaires et extrayant la sexualité de la finalité procréatrice.

 La question des modèles homosexuels est quasiment absente des textes officiels, si ce n’est pour être réfutée ; le Report of the panel of doctrine on homosexuality de la United Free Church of Scotland, par exemple, fait certes référence à l’amitié de David et Jonathan (1 Sam 18-20) mais il invalide toute interprétation homosexuelle qui pourrait “faire peser une inutile suspicion sur ces relations riches et pleines qui sont possibles entre amis du même sexe”. La recherche de modèles homosexuels est un miroir inversé de la recherche d’un modèle hétérosexuel et peut être contestée comme un littéralisme parallèle ; s’il est difficile d’occulter la part d’homoérotisme dans l’histoire de David et Jonathan – je vous renvoie aux travaux de Thomas Römer sur la question, l’entreprise s’avère plus hasardeuse pour le “couple” formé par Ruth la moabite, ancêtre du roi David, et sa belle-mère Noémi.

 Une dernière thématique, celle de l’accueil, peut être mobilisée.

Il convient d’en relever d’emblée l’ambiguïté. Beaucoup se centrent sur l’accueil que Jésus fait à des personnes marginalisées : la femme adultère (Jn 8) est ainsi délivrée de la condamnation de la loi et invitée à ne plus pécher ; la référence à ce texte reflète la conception assez traditionnelle de l’accueil du pécheur sans son péché.

Je relèverai deux autres motifs d’accueil ou d’inclusion, eux aussi miroirs l’un de l’autre.

Le premier rejoint un des grands thèmes des théologies de la libération gay : souligner que l’Eglise primitive s’est affrontée à la question de l’inclusion dans la communauté des croyants de ceux que la loi excluait. Le livre des Actes tout entier est ainsi relu par ces théologiens mais aussi par d’autres comme l’aventure de l’élargissement des frontières du peuple de Dieu avec le chapitre (10) de l’inclusion du païen Corneille comme pivot ; de même, on notera dans les Evangiles la manière dont Jésus transgresse les régles et les rites pour aller à la rencontre de la diversité humaine et lui faire accueil, notamment lors des nombreux repas qu’il partage; le rapprochement de la question plus contemporaine de l’accueil des personnes homosexuelles se fait par ce que les anglo-saxons appellent congruence : un modèle d’inclusion peut en induire un autre.

L’abolition des différenciations est un autre motif d’inclusion fondé sur Gal 3:27ss : « il n’y a ni juif ni grec, ni homme ni femme, ni esclave ni homme libre mais tous vous êtes uns par la foi en JC ». Cette relativisation des différences peut sembler menaçante pour la construction et l’affirmation des identités ; Paul souligne non l’abolition des différences mais la disparition de leur caractère séparateur ou hiérarchisant. Voici la lecture qu’en fait Susan Durber, théologienne réformée et membre du Lesbian and Gay Christian Movement : “J’interprète la déclaration de Paul : “en Christ, il n’y a plus ni homme ni femme” non comme le règne de l’androgynie mais comme la mention que les marques du genre sont recréées en Christ - nos anciennes manières de définir notre identité comptent pour peu en comparaison de notre nouvelle identité en Christ”. Cette relativisation baptismale des identités mouvantes du genre a été exploitée par les théologiens qui ont intégré les théories queer à leur réflexion, comme Elisabeth Stuart. Je vous renvoie aux travaux de Stéphane Lavignotte qui m’a ce soir cédé la place mais que je vous suggère de réinviter.

 3 La pluralité des lectures

 Si le recours à l’Ecriture est cohérent, dans le monde protestant, selon le principe herméneutique du sola scriptura, il conviendrait de dire quelques mots de la manière de faire référence à l’Ecriture ; je reprendrai ici la typologie élaborée par Pascale Rondez et Konrad Haldiman. Ils relèvent trois manières d’introduire la Bible dans le débat : la référence à des passages isolés dans lesquels il est – ou semble être – question d’homosexualité ; la référence à des ensembles textuels qui ont trait à la conception de l’être humain, de sa dignité, de sa sexualité ; la référence à ce qu’ils appellent des “projets théologiques”. J’ai souligné comment ces niveaux affleurent dans les différents corpus.

 Ceux-ci établis, il convient de nous interroger sur la lecture qui peut en être faite. On parle en matière d’interprétation biblique d’exégèse et d’herméneutique ; certains auteurs donnent à l’exégèse et à l’herméneutique le même sens général d’interprétation. Je réserverai l’emploi du second aux grands principes qui président à l’interprétation du texte et à la recherche du sens qui constituent l’exégèse.

 L’exégèse de ce(s) corpus de textes semble a priori marquée par l’affrontement central de deux lectures : une dite traditionnelle et une qui prend appui sur les données historico-critiques. Je me contenterai de revenir aux lectures proposées des textes de condamnation qui sont les plus significatives. La nécessité de faire appel au contexte est un principe admis par tous. Nul n’ira ainsi défendre l’application de la peine de mort aux personnes homosexuelles ! Je pointerai trois difficultés méthodologiques dans le recours à ces textes de condamnation.

En commençant par le détail. Peu nombreux sont ceux qui interrogent le sens précis de termes comme toevah (abomination) dans Lv ou de paraphysin (contre-nature) dans Rm. Qu’en est-il du terme arsenokoitai (littéralement ceux qui couchent dans le lit des hommes) utilisé dans 1 Co 6 et 1 Tim 10 où il est associé à malakoi (littéralement mous) ? Certains évoquent les cas particuliers de la pédérastie ou de la prostitution masculine mais l’avis est loin d’être unanime.

Sans oublier le général. De manière paradoxale, la référence aux textes, même dans les rapports d’Eglises libérales relève de la méthode que Pascale Rondez et Konrad Haldimann identifient à une extraction thématique de textes. La lecture de ces textes aurait été enrichie si on avait fait appel à des lignes thématiques plus larges : l’idolâtrie dans Rm ou une sexualité délimitée par les trois pôles de la pureté rituelle, de la propriété et de la procrétion pour la Torah - trois thèmes qu’ignore ou relativise notre approche moderne/post-moderne de la sexualité.

Dernière idée : l’interrogation de ces textes ne peut se faire sans interrogation parallèle du monde. L’appréciation de la pertinence de l’application de ces textes à un contexte contemporain est largement dépendante  de la manière dont est envisagée la nouveauté du concept d’homosexualité. Je cite un rapport daté de 1991 de la United Reformed Church (Homosexuality, a christian view) : “Tous les passages habituellement cités traitent le comportement homosexuel comme une activité librement choisie. Ils ne considèrent pas l’homosexualité - ils ne le pouvaient du reste pas - comme une orientation sexuelle donnée ... Si tel est le cas, il nous faudra en tenir compte pour interpréter l’Ecriture ».

 Venons en à l’herméneutique. Je resterai là dans la sphère réformée en vous citant deux principes herméneutiques.

Le premier est l’axiome du sola scriptura. Il vaut pour celles et ceux qui voient dans les paroles écrites de l’Ancien et du Nouveau Testaments la Parole de Dieu comme pour celles  ceux qui font appel aux méthodes critiques. Les attitudes, apparemment contradictoires parce que partant de présupposés différents quant à la nature de l’inspiration divine, se rejoignent dans une commune recherche du sens d’un texte à partir des autres textes bibliques. C’est le principe de l’analogie de la foi opérant par exemple dans le recours aux deux corpus négatifs et positifs ; par exemple, si l’on vient à douter de la pertinence du premier dont l’application peut être circonscrite, on fera appel au témoignage supplémentaire et concordant que représente l’établissement du modèle du couple hétérosexuel. Vous aurez compris que ce principe est peu attentif à la pluralité de la littérature biblique qui en termes de sexualité évoque à côté des couples monogames, la polygamie, le célibat et bien d’autres états.

Un second principe est la recherche d’un centre dans l’Ecriture qui puisse devenir le critère des choix qui sont faits en matière d’interprétation et d’application. Le rapport de l’Evangelische Kirche in Deutschland, de tradition luthérienne, Vivre avec des tensions , rappelle que “le fondement de la foi chrétienne est une personne et pas la Bible comme livre”. Christ et la grâce qui en lui est offerte à tou(te)s est unanimement reconnu par tous comme le centre des témoignages bibliques par tous les chrétiens ; mais tous n’en tirent pas les mêmes conséquences dans leur compréhension du salut – particulièrement du lien entre éthique et salut - et dans les choix qu’elles envisagent pour l’accueil des personnes homosexuelles et leur reconnaissance dans l’église.

Je terminerai ce rapide survol là où je l’ai laissé en m’attachant avec vous au recours aux textes bibliques dans les débats protestants : la question qui se pose est finalement celle de l’autorité de la Bible, une question fondatrice dans l’histoire du protestantisme et à laquelle le débat éthique sur l’homosexualité renvoie. Les plus conservateurs qui agitent la question de l’abandon de l’autorité de l’Ecriture s’y trompent moins que les plus libéraux dont un des plus grands torts est de ne pas avoir exploré comment mieux prendre en compte un témoignage pluriel de l’Ecriture dans un monde complexe.

 Jean Vilbas

Exposé présenté le 12 octobre 2006 dans le cadre de la journée d'études Effigies "Regards croisés du bouddhisme et du christianisme  sur l'homosexualité.

 

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19 novembre 2007

Témoignage de Jean

       On m’a demandé de présenter ici le témoignage d’un chrétien homosexuel qui assume pleinement - et joyeusement - son orientation sexuelle.  

Dans ce témoignage que je vous livre rédigé – par respect pour la diversité linguistique de l’assemblée – je m’efforcerai d’éviter les pièges de l’apitoiement et de l’apologie mais aussi de la division entre mon expérience chrétienne, d’un côté, et mon expérience homosexuelle, de l’autre. Je ne sortirai pas trop de ma propre expérience et j’essaierai d’en parler comme j’entends la vivre, c’est-à-dire unifiée.

Je m’appelle Jean et j’ai 39 ans ; je vis en France où je travaille comme conservateur de bibliothèque. Je suis aussi chrétien et gay : comme chacun et chacune d’entre vous, ma vie est faite de choix et de choses que je n’ai pas choisies ! J’ai choisi de répondre à l’amour du Christ  pour moi ; j’ai choisi d’être moi-même, après des années de questions et de luttes ; j’ai choisi d’assumer publiquement mon homosexualité ; j’ai choisi de répondre à l’amour d’un autre homme ; j’ai choisi de ne pas faire de lui un détail de ma vie privée ; j’ai choisi avec lui de grandir dans une relation stable et permanente, fidèle et exclusive ; quant à naître homosexuel, je ne l’ai pas choisi : je suis né ainsi, c’est un fait ! J’ai choisi de ne pas voir dans ma condition une malédiction mais une bénédiction ; c’est donc dans une humble reconnaissance que je partage avec vous quelques unes de mes expériences.

        Je suis né au sein d’une famille catholique, mais c’est dans les milieux évangéliques que j’ai entendu parler du Christ et de son amour gratuit, immérité A l’âge de 16 ans, en 1983, j’ai répondu oui, sans trop comprendre pourquoi ni où cela me conduirait. J’ai rejoint une église baptiste et j’ai beaucoup appris et reçu au sein de cette communauté : l’amour de l’Ecriture, l’amour de la prière, le service des autres, l’approfondissement de la vie spirituelle et la communion fraternelle. Je l’ai quittée après qu’elle ait connu un virage que je qualifie toujours, comme d’autres, de sectaire. Mes engagements au sein des Groupes Bibliques Universitaires m’ont à cette même période ouvert les yeux sur la diversité du monde évangélique et sur l’évidente et nécessaire pluralité des Ecritures et des pratiques chrétiennes. Des amitiés profondes se sont tissées dans ces deux lieux

        J’ai redécouvert le goût de la liberté d’esprit, de la démarche critique et de l’approfondissement intellectuel dans la paroisse réformée que j’ai rejointe en 1993. J’y ai été accueilli avec quelques autres « réfugiés » baptistes par un pasteur qui reste pour moi un modèle d’intégrité et d’ouverture, de rigueur intellectuelle et de souplesse d’esprit, de sagesse pastorale et tout simplement d’amour. J’ai commencé à l’époque des études de théologie in absentia à Strasbourg - en parallèle de ma vie professionnelle - et j’ai vécu une première réconciliation avec moi-même : pouvoir intégrer ma foi dans un cheminement intellectuel, pouvoir lire la Bible avec les outils que ma formation littéraire m’avait donnés… Cette première réconciliation inaugurait l’acceptation de mon orientation sexuelle.

      Ma conversion à Jésus Christ a eu lieu avant que j’aie pu mettre un mot sur cette étrange différence que je ressentais au plus profond de moi-même et que les autres avaient identifiée bien avant moi. Les mots de « tapette » « pédale » et « fifille » ont marqué  au fer rouge mon enfance et même mon adolescence. Mais au début des années 80, il m’était impossible de me dire voire de me penser homosexuel : la société civile venait tout juste de dépénaliser l’homosexualité, mon église parlait d’abomination, les médias évoquaient le cancer gay et les modèles proposés – cage aux folles etc…- me paraissaient caricaturaux. Je me suis longtemps emmuré dans le silence, j’ai cru que les sentiments amoureux pour une jeune fille attestaient la « guérison » ou le retour à la normale auxquels j’aspirais. Mais le changement, à l’époque tant espéré, n’est pas venu…et l’honnêteté m’a fait interrompre cette relation.

  C’est hors de mes points de repères habituels, à l’âge de 25 ans, que j’ai pu me nommer devant Dieu et dire : je suis homosexuel et je sais que tu m’aimes tel que je suis car tu as promis : «  je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi »

     Dire « je suis homosexuel » n’impliquait pas alors et n’implique toujours pas aujourd’hui de définir toute mon identité par mon orientation mais simplement d’oser reconnaître que l’homosexualité était, avec d’autres, une composante structurante de ma personnalité. Me restait à savoir comment la vivre en disciple du Christ.

J’ai opté jusqu’à 35 ans pour la chasteté. Par rigueur morale et souci de vivre ma sexualité dans le cadre d’une relation stable, assurément … mais peut-être aussi par peur de la sexualité et de ma sexualité. Ma chasteté a ainsi été surtout une abstinence ; certaines des amitiés passionnées dans lesquelles s’engouffrait ma vie affective manquaient de vraie chasteté et devenaient possessives, même si je m’efforçais d’y donner le meilleur de moi-même. Elles n’avient pas pour cause mon orientation mais plutôt mes refoulements.

  J’ai eu pourtant la chance –grâce – de pouvoir dialoguer à partir de l’âge de 27 ans avec un ami proche qui m’a annoncé sur une petite carte de vœux «  nous sommes amis ; si tu veux que nous le demeurions, il te faut accepter que je vive avec un garçon depuis un an ». Je me sentais à la fois réconforté et trahi car je pensais à l’époque qu’il était contraire aux lois de Dieu de vivre son homosexualité. A l’invitation de cet ami, j’ai accepté de fréquenter ce couple, à me mettre à l’écoute de leur vécu et d’y découvrir comme dans tout couple un reflet de l’amour divin. J’ai aussi repris les textes bibliques où je lisais leur condamnation et la mienne et suis parvenu à la conviction qu’il n’y était nullement question de l’amour entre deux personnes du même sexe .

  J’avais conservé des liens avec le monde évangélique tout en m’engageant à divers niveaux dans ma paroisse réformée : catéchèse, animation du groupe de jeunes, prédication, conseil presbytéral, délégation au synode régional…Dans un contexte où je me croyais en sécurité, je suis graduellement « sorti du placard »  et ai vu s’écrouler beaucoup de mes illusions.

C’était l’époque où l’homosexualité venait en débat au sein de l’ERF et je pensais que donner un visage à la question homosexuelle au sein des communautés où je vivais ma foi serait bénéfique ; je me croyais à l’abri de toute attaque parce que célibataire et ne pratiquant pas mon homosexualité. J’ai rencontré comme la plupart des chrétiens homosexuels que je connais, chastes et célibataires ou vivant ouvertement leur homosexualité, l’homophobie bien réelle de l’Eglise.

Sous deux formes différentes. Les anciens d’une communauté évangélique où j’intervenais comme prédicateur laïc m’ont demandé de ne plus prêcher tout en garantissant mon accueil pour le culte et la table du Seigneur ; balayée, la subtile distinction élaborée par beaucoup entre la personne et les actes : je n’étais pas discipliné pour des actes (inexistants en l’occurrence) mais bel et bien pour qui j’étais. Quand j’ai franchi récemment à nouveau les portes de cette communauté avec mon compagnon, nous avons compris que la stabilité de notre couple était perçue comme un endurcissement dans le péché et on nous a fait savoir – par isolement du banc et prophétie - que nous n’étions pas les bienvenus même comme visiteurs occasionnels ; j’ai entendu du pasteur d’une autre communauté qui m’a refusé d’assister au culte dans son assemblée qu’il ne pouvait accueillir que des homosexuels « repentants » même s’ils avaient une vie sexuelle plus intense et plus éclatée que la mienne. Drôle de christianisme qui coupe l’individu en morceaux, réduit l’amour à des pratiques sexuelles et salit ce qui unit deux êtres.

     Dans ma paroisse réformée, l’homophobie a pris l’aspect de dommages collatéraux ! Au gré d’un conflit entre le président du conseil et le nouveau pasteur, l’accueil réservé par ce dernier aux personnes homosexuelles a incidemment fait son apparition dans une longue liste de griefs : je me suis senti, certainement à tort, complètement écrasé par le rejet, quasi contemporain du premier, que je découvrais. Outre le pasteur, peu ont cru bon de dire une parole autre que celle, somme toute assez minoritaire qui exprimait haine et préjugés ; on m’a invité à la discrétion puis fait comprendre qu’il serait mieux d’aller vivre ma foi ailleurs. Il est des silences parfois plus durs que certaines paroles.

           Il m’a semblé que je devais vivre ma foi dans un lieu où je pouvais être plus librement moi-même. Le Centre du Christ Libérateur de Paris et son pasteur Caroline Blanco ont joué un rôle déterminant dans mon engagement auprès des chrétiens homosexuels. J’ai aussi rencontré les églises MCC pour Metropolitan Community Churches – plus particulièrement celle de Montpellier. C’est une dénomination fondée en 1968 par un pasteur pentecôtiste, Troy Perry, en réponse à l’interpellation d’une personne homosexuelle qui croyait que l’amour de Dieu n’était point pour elle. 350 églises sont nées depuis et elles sont loin de ne rassembler que des personnes homosexuelles : elles ne sont pas des églises de ghetto mais des communautés qui reçoivent la diversité humaine et qui placent au cœur de leur prédication et de leur vie fraternelle l’accueil inconditionnel de Jésus – pour moi le vrai fondement de toute communauté chrétienne.

Je suis à présent sans affiliation religieuse mais non dépourvu de communion fraternelle. Sur Lille, je suis engagé dans une association chrétienne ouverte aux personnes homosexuelles et transgenres (Rendez-vous chrétien). C’est un lieu d’échange spirituel qui permet de rompre l’isolement ; s’y côtoient des chrétiens homosexuels aux parcours diversifiés et quelques amis ou proches hétérosexuels. C’est aussi un lieu de témoignage pleinement inséré dans les réseaux associatifs lgbt. Nous y étudions mensuellement la Bible mais ce groupe n’a pas pour vocation de devenir une église.

Tout ce cheminement m’a appris et continue de m’apprendre à aimer et à être aimé. Dans ce qui vous sembler marqué par des ruptures, j’ai reçu des signes de l’amour gratuit, immérité et inconditionnel du Christ.

          Dans l’amitié de frères et sœurs en Christ d’abord. Notre communion a été fondatrice dans ma vie spirituelle. Peu de ceux qui m’étaient vraiment proches ont réagi de manière violente à mon homosexualité ; beaucoup – et parfois dans des milieux taxés de fondamentalisme - ont accepté que mon simple témoignage bouleverse leurs préjugés et je dois beaucoup à leur fidélité. D’autres ont préféré relire ma vie à la lumière de leurs conceptions.

        De mes parents, j’ai reçu beaucoup d’amour aussi – comme quoi tous les homosexuels ne proviennent pas de familles dysfonctionnelles ! A un âge avancé, ils ont su me montrer qu’ils acceptaient que je suis différent de celui qu’ils imaginaient que je devienne et faire place à mon compagnon comme à un fils.

        Quand j’étais célibataire et chaste, riche de beaucoup d’amitiés vraies, j’ai souvent déploré de recevoir « en pièces détachées » ce que j’attendrais d’une personne unique ; mon expérience rejoint ici celle de toute personne célibataire.

           Quand j’ai choisi de vivre mon homosexualité, mon expérience s’est diversifiée : abstinence et joie du plaisir partagé, vie de couple de moyenne durée et nombre limité de rencontres furtives, épanouissement du célibat mis au service des autres et pesanteur angoissante de la solitude. Certaines de ces expériences ont été des impasses quand l’amour de l’autre n’était plus le critère déterminant ou quand il était rêvé ou fantasmé plus que vécu. Je me réjouis aujourd’hui de ce que Jef et moi soyons devenus compagnons de route et apprenions à développer notre amour dans la confiance et la complicité, la fidélité, le dialogue et le don de soi. Mes autres expériences m’ont simplement appris la diversité des situations humaines et la centralité du principe qui, selon moi, régit toute éthique chrétienne : aimer mon prochain comme moi-même. Ethique souple disent certaines personnes mais ô combien exigeante ; qui n’a pas d’autre repère que l’autre – ou plus bibliquement le prochain – aimé dans sa proximité et dans sa singulière altérité.

     Aimer – apprendre à aimer – est le sens que je donne à mon engagement auprès des autres chrétiens homosexuels. Je ne crois pas vraiment à la nécessité d’une pastorale spécifique mais rien ne saurait remplacer la possibilité offerte à de nombreux chrétien(e)s homosexuel(le)s à travers des groupes de rompre leur isolement, de découvrir une multitude de frères et sœurs qui ont été habités des mêmes questionnements, qui ont vécu les mêmes combats et traversé les mêmes déserts de la culpabilité et du rejet de soi. Et quelle joie de pouvoir se dire l’un à l’autre comme l’exprime un frère qui m’est cher :  « Dieu dit du bien de toi » et de pouvoir faire courir la joyeuse nouvelle de l’amour du Christ pour tout homme et toute femme.

        J’aimerais terminer là où j’aurais pu commencer avec un texte qui m’est cher. Alors que les amis du centurion Corneille s’approchent de la maison où il loge, , Pierre, en prières, reçoit une vision : « Et il voit le ciel ouvert, et un vase descendant comme une grande toile liée par les quatre coins et dévalée en terre, dans laquelle il y avait tous les quadrupèdes et les reptiles de la terre, et les oiseaux du ciel. Et une voix lui fut adressée, disant: Lève-toi, Pierre, tue et mange. Mais Pierre dit: Non point, Seigneur; car jamais je n'ai rien mangé qui soit impur ou immonde. Et une voix lui fut adressée encore, pour la seconde fois, disant: Ce que Dieu a purifié, toi, ne le tiens pas pour impur. Et cela eut lieu par trois fois, et le vase fut aussitôt élevé au ciel. Et comme Pierre était en perplexité en lui-même à l'égard de ce qu'était cette vision qu'il avait vue, voici aussi, les hommes envoyés de la part de Corneille, s'étant enquis de la maison de Simon, se tenaient à la porte; et ayant appelé, ils demandèrent si Simon surnommé Pierre, logeait là. Et comme Pierre méditait sur la vision, l'Esprit lui dit: Voilà, trois hommes te cherchent; mais lève-toi, et descends, et va avec eux sans hésiter, parce que c'est moi qui les ai envoyés. » (Actes 10 : 9-20). Vous connaissez la suite : de la rencontre de Pierre et Corneille au synode de Jérusalem où ce récit est rapporté à nouveau comme témoignage de l’ouverture du Peuple de Dieu aux nations païennes – dont nous sommes vous et moi, chrétiens européens du 21e siècle. Ma prière est qu’il inspire à toutes nos églises d’entendre que Dieu ne fait acception de personne et d’en tirer les conséquences logiques dans l’accueil des personnes lgbt.

     Jean VILBAS

 Ce témoignage, légèrement actualisé, a été apporté lors de la journée d'étude de l'EPUB sur l'homosexualité, le 30 septembre 2006

 

 

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James Baldwin (1924-1987)

73Né à Harlem et décédé à St-Paul-de-Vence il y a tout juste 20 ans, James Baldwin est l'un des écrivains majeurs de sa génération.

Son oeuvre est pétrie d'une réflexion sur les discriminations : à l'instar de Richard Wright (1908-1960), son maître, il s'est intéressé à la situation de la  communauté afro-américaine dont il dépeint la vie et les luttes dans ses romans, poésies et pièces de théâtre. Comme Wright, il a vécu à Paris de 1948 à 1957, avant de rejoindre les Etats-Unis pour s'engager aux côtés de Martin-Luther King (1929-1968) ; à la mort de ce dernier, il est revenu terminer ses jours en Provence où il est enterré.

Son oeuvre est également marquée par les thèmes de l'homosexualité et de la foi. Le premier occupe le très beau roman La chambre de Giovanni qui  évoque les amours impossibles de David, un jeune américain à Paris et de Giovanni. Il affleure aussi dans d'autres oeuvres où l'affrontement entre un amour et les normes sociales est évoqué : c'est la cas de la pièce parue en 1955 et traduite par Marguerite Yourcenar sous le titre : Le coin des Amen !

20060608T230000_0500_106509_OBS_AMEN_CORNER____AN_UPLIFTING_SPIRITUAL_JOURNEY__1Dans cette pièce, la prédicatrice pentecôtiste Margaret Anderson est confrontée au mari qu'elle a abandonné, par souci de pureté religieuse ; avant de mourir, il veut lui redire son amour. A la fin de la pièce, elle réalise qu'elle a fui dans le mysticisme alors qu"'aimer Dieu c'est aimer ses enfants - tous et chacun - et souffrir avec eux, rire avec eux sans compter le prix." Une belle manière pour Baldwin de dire que Dieu ne saurait être étranger à l'amour de deux personnes du même sexe !

Un autre roman, nettement autobiographique, intitulé La conversion, situe dans un même mouvement l'expérience religieuse de la nouvelle naissance et la découverte de l'homosexualité. Un chef-d'oeuvre à redécouvrir. 

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14 novembre 2007

Rencontre de blogueurs chrétiens lgbt

060915_a_sign_from_godNous étions deux blogueurs d'origine évangéliques sur les 11 réunis samedi 10 novembre à Lille, au Couvent des Dominicains.

Vous trouverez des compte-rendus de cette journée sur les blogs de :

Ben (http://bendebxl.skynetblogs.be/),
Christian (http://dieunousaimechretiensetgay.blogspirit.com/),
Crocki (http://malicieusekiki.skynetblogs.be/),
Damien (http://www.damienlibre.blogspot.com/),
Didyme (http://www.didyme.be/blog/).

Comme les uns et les autres, j'ai été nourri par les réflexions de Jean-Marc (http://gayanglican.blogspot.com/) sur la blogosphère et le web 2.0 qui nous situaient dans un contexte plus large et ceux de Benoît sur les liens de communion qui se tissent dans le monde virtuel ; les échanges ont aussi été d'une très grande richesse. J'ajoute le petit clin d'oeil du prédicateur  de l'office du midi à notre thème dans son commentaire des salutations qui clôturent la lettre de Paul aux Romains.

J'aimerais juste partager ici ma joie que ces moments aient été enracinés dans notre commune, bien que diverse dans ses expressions, foi en Jésus-Christ. J'hésite à hiérarchiser les liens tissés sur la toile et ceux qui se renforcent dans ces temps de partage ; comme le disait Benoît, il importe qu'aucun ne nous détache du réel, celui que le Christ est venu habiter de sa présence, celui dans lequel il nous donne d'être ses témoins, celui où un échange d'opinions ou le partage d'un fardeau sur la toile se transforme en prière ou en invitation.

J'aimerais aussi dire ma reconnaissance à Dieu pour la manière dont son amour m'a permis de reconnaître des frères et des soeurs et d'ouvrir mes yeux sur son oeuvre là où je ne l'attendais pas. La diversité des expressions de foi n'est pas un enjeu facile pour nombre d'évangéliques (pas plus que pour nombre de catholiques, d'othodoxes ou de réformés) ; elle me semble pourtant inextricablement liée à l'inclusivité car elle procède de la même démarche d'ouverture à l'autre en qui je reconnais la présence du Christ.

Il manque à ce blog des liens ; j'en mettrai bientôt : à la fois vers des sites spécifiquement évangéliques mais aussi vers des blogs ou des sites chrétiens d'autres sensibilités pour exprimer mon attachement à cette diversité.


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09 novembre 2007

Un grand pas en Italie

santa_cenaDu 2 au 4 novembre se sont tenus conjointement à Rome, le synode des Eglises vaudoises et méthodistes et l'assemblée générale des Eglises baptistes italiennes.

L'une des questions à l'ordre du jour était l'étude d'un document sur l'accueil des personnes lgbt en Eglise.

Par une déclaration en 8 points, publiée le 4 novembre 2007, les Eglises vaudoises et baptistes déclarent :

1 croire en un Dieu d'amour qui invite à l'accueil

2 croire qu'une relation humaine d'amour, vécue dans la réciprocité et la liberté, est soutenue par la promesse de Dieu

3 apprécier l'accueil serein reçu par le document de travail  dans les églises locales

4 confesser le péché de la discrimination à l'égard des personnes homosexuelles

5 inviter tous les croyants à construire une culture de respect

6 inviter les églises à accueillir les personnes homosexuelles sans discrimination

7 inviter les églises à promouvoir la reconnaissance des droits civils des personnes homosexuelles et des couples de même sexe

8 inviter à poursuivre un dialogue fraternel nourri de l'étude approfondie des Ecritures

Cette très riche déclaration se trouve sur le site de la Rete Evangelica Fede e Omosessualita (http://www.refo.it/)

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05 novembre 2007

Church of the Saviour

Mary_and_GordonIl y a 60 ans qu'une communauté oecuménique d'origine baptiste offre à Washington un témoignage d'inclusivité radicale. Fondée par Gordon et Mary Cosby, la Church of the Saviour (http://www.inwardoutward.org/) présente quelques traits singuliers : son caractère oecuménique, son engagement social, son accent sur le sacerdoce universel des croyants traduit par le refus du pastorat. La lutte contre la pauvreté, le racisme, le sexisme et l'homphobie fait partie du programme de cette communauté.

Depuis 1994, la Church of the Saviour est divisée en unités plus réduites qui en font un réseau d'églises ; elles sont aujourd'hui au nombre de 10.

Covenant s'inspire de l'Arche de Jean Vanier et explore ce qu'est être une église de paix ;  Dayspring offre la possibilité de retraites ;
Eighth Day Faith Community, Friends of Jesus, Jubilee et Lazarus s'impliquent dans la lutte contre la pauvreté dans divers quartiers ; New Community (http://www.newcommunitychurchdc.org/) insiste sur la diversité culturelle et ethnique ; Potter's House centre ses activités sur un café qui porte le même nom ; Festival et Seekers mettent particulièrement l'accent sur l'accueil des personnes lgbt.

cross2005Le site de Seekers Church (www.seekerschurch.org) contient de nombreux sermons et textes liturgiques reflétant l'hospitalité radicale qui est le coeur de cette communauté chrétienne. Ils font usage du langage inclusif qui s'efforce de ne pas enfermer Dieu  dans des images . A titre d'exemple, voici la version proposée de la prière de Jésus :

Eternal Spirit, Father and Mother of us all,
Holy is your name.

Let justice and mercy fill all creation
and let us recognize that every thought and thing belongs to you.

Feed us with the bread we need today.
Forgive us our sins as we forgive those who sin against us.
Stand with us in trial and temptation.
Free us from the grip of all that is evil.
For you alone are creating our universe, now and forever.
Amen.



 

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